Tatouage : le « dixième art » ?

A l’heure où le tatouage fait son entrée dans les musées et devient l’objet d’expositions majeures comme « Tatoueurs, tatoués » qui s’est tenue l’an passé au musée du quai Branly, la légitimité de cette pratique en tant que discipline artistique est de moins en moins contestée. Zoom sur les raisons de cette réhabilitation culturelle.

Un changement d’image

S’il a été prouvé que la pratique du tatouage remonte à la protohistoire, celle-ci a par la suite été bannie pendant des siècles en Occident du fait de sa condamnation par les autorités religieuses ou utilisée uniquement pour stigmatiser certaines catégories de populations comme les esclaves ou les prostituées. D’où sa réputation sulfureuse, que les groupes marginaux de toutes sortes se sont par la suite réappropriée pour revendiquer de façon assumée leur identité anticonformiste, des prisonniers aux gangs de bikers en passant par les punks et les rockers. Pourtant, à mesure qu’il s’est démocratisé, ces trente dernières années, le tatouage a peu à peu perdu son image transgressive pour devenir une forme répandue d’expression individuelle, guidée avant tout par des motifs esthétiques.

L’avènement des tattoo-artists

Conséquemment, le statut des tatoueurs a radicalement évolué. De simples artisans, ils sont devenus des artistes à part entière, à la « patte » reconnaissable et recherchée par les amateurs, capables d’attendre de longs mois et de payer le prix fort pour se faire tatouer par l’un des maîtres du genre. De plus, toute une nouvelle génération de tatoueurs, venus du monde du graphisme, du design ou de l’animation, ont participé au renouvellement esthétique et iconographique de cette discipline qui se subdivise aujourd’hui, comme n’importe quel art, en différents courants allant de l’abstrait au portrait, du figuratif à l’hyperréalisme, en passant par le primitif et le moderne.

De l’art et du cochon

Parallèlement, le tatouage inspire de plus en plus le milieu de l’art, qui le réinterprète sous forme de photographies, de peintures, de performances ou d’installations. Ainsi, l’artiste belge Wim Delvoye a beaucoup fait parler de lui en exposant en 2008, à la foire d’art contemporain de Shanghai, des cochons tatoués avec des motifs tels que le monogramme Louis Vuitton. Il est également l’auteur d’un tatouage réalisé sur le dos d’un homme, Tim Steiner, et vendu comme une œuvre d’art à un collectionneur pour la somme de 150 000 euros ! Preuve ultime que la peau est désormais une toile comme les autres…

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